Surveillance mobile du programme WASH en Zambie à l'aide de DHIS2{ #user_story_akros }¶
Le gouvernement zambien travaille activement à l'élimination de la défécation à l'air libre, un défi de taille pour de nombreux gouvernements. Akros soutient le gouvernement dans cet objectif via des programmes d'eau, d'assainissement et d'hygiène qui utilisent la technologie de surveillance mobile au niveau des communautés. Le système de collecte de données et de retour d'information des communautés, qui s'appuie sur DHIS2, a démontré que plus de 2,5 millions de Zambiens ont eu accès à des latrines adéquates dans les zones rurales depuis 2014.
La Zambie en quelques mots¶
La Zambie est un pays enclavé, essentiellement rural, situé en Afrique subsaharienne. Sur ses dix provinces, huit sont rurales. La population dépend des secteurs tels que la construction, l'agriculture, l'industrie manufacturière, l'exploitation minière, etc. pour sa prospérité économique. Toutefois, bien que le pays ait récemment enregistré une croissance économique notable, l'enquête démographique et de santé de 2013-2014 a révélé que plus de la moitié de la population n'avait pas accès à des infrastructures d'assainissement améliorées.
Qu’est-ce que WASH ?¶
WASH, soit Eau, Assainissement et Hygiène, comprend plusieurs préoccupations de santé publique interdépendantes telles que l’accès à l’eau potable, à des infrastructures d'assainissement adéquates et à une bonne éducation à l’hygiène. S'ils sont bien structurés, les programmes WASH peuvent contribuer à accroître l’espérance de vie des populations et la productivité économique.
Lutte contre la défécation à l'air libre¶
La défécation à l’air libre constitue un énorme problème de santé environnementale dans les pays en développement, y compris en Zambie. Déféquer à l'air libre, là où les mouches peuvent voler librement entre la nourriture et les selles, augmente le risque de contraction des maladies diarrhéiques.
Afin de mettre fin à la défécation à l'air libre, Akros a aidé le gouvernement zambien, l'UNICEF et d'autres partenaires de développement à étendre à plus de 20 000 villages une plateforme de collecte de données WASH basée sur le système DHIS2. Ce système permet aux représentants du gouvernement et aux chefs locaux de suivre en temps réel les progrès accomplis dans l'élimination de la défécation à l'air libre dans leurs circonscriptions et communautés. Les données WASH recueillies au niveau des villages ont permis aux chefs locaux et aux représentants du gouvernement de suivre les villages qui accusent un retard dans la construction et l'utilisation des latrines, ce qui, pour la première fois, a permis d'avoir plusieurs districts sans défécation à l'air libre (ODF)
Akros¶
Akros est une ONG spécialisée dans la conception et l'implémentation de systèmes de surveillance. Akros soutient la mise en œuvre de programmes WASH en Zambie via des téléphones mobiles simples à faible coût et des mécanismes de retour d'information innovants. Akros soutient le suivi au niveau communautaire de la construction et de l'utilisation des latrines dans neuf des dix districts de Zambie. www.akros.com.
Avant DHIS2¶
En 2012, l'UNICEF a commencé à investir massivement en Zambie dans le cadre de son programme Assainissement total piloté par la communauté (ATPC), une méthodologie visant à mobiliser les communautés autour de l'objectif d'élimination complète de la défécation à l'air libre. Toutefois, lors de l'exécution de ce programme, les registres papier devaient être collectés dans les villages et livrés physiquement au niveau du district. Ce processus pouvait prendre six mois ou plus, laissant l'UNICEF, ses partenaires et le ministère des collectivités locales et du logement avec des données obsolètes et inutilisables.
Utilisation de DHIS2 pour le projet WASH¶
Lorsqu'un consultant basé en Zambie a présenté DHIS2 au directeur national d'Akros, les choses ont pris une nouvelle tournure. DHIS2, ou "District Health Information Software"(logiciel d'information sanitaire de district), est une plateforme logicielle flexible et open source utilisée dans plus de 40 pays. À l'aide de tableaux de bord, de graphiques, de tableaux croisés dynamiques et de cartes, DHIS2 facilite la création, la compréhension et le partage des agrégations et visualisations de données http://www.dhis2.org/.
Extension de DHIS2-WASH de 2013 à 2016¶
En 2013, Akros a implémenté son premier pilote DHIS2 pour le projet WASH. Par la suite, le système de surveillance électronique WASH a été étendu à des districts supplémentaires avec pour objectif l'élimination de la défécation à l'air libre sur l'étendue du territoire nationale. Actuellement, le projet ATPC a été mis en œuvre dans 70 districts à l'aide de la plateforme DHIS2.
Étape 1 : Champions locaux¶
Les acteurs locaux ont joué un rôle déterminant dans les campagnes de sensibilisation menées dans les communautés pour attirer l'attention des populations sur les dangers de la défécation à l'air libre. Suivant les orientations du gouvernement zambien et d'autres partenaires qui soutiennent le programme ATPC, des volontaires forment des groupes d'action pour l'assainissement (GAA) au sein des villages. Ces volontaires utilisent des fiches de collecte de données ATPC pour collecter des données sur l'assainissement des ménages, le suivi du trachome et l'accès à l'eau potable. Dans le cadre de l'enquête, les questions habituellement posées portent sur des points tels que l'existence d'une latrine dans un ménage et si cette latrine est équipée d'un couvercle ; l'accès au lavage des mains à l'eau, au savon ou à la cendre ; l'accès à des lieux couverts pour la douche ; la disponibilité et la propreté de l'eau potable, etc. Les GAA travaillent en étroite collaboration avec des personnes sélectionnées, appelées champions communautaires (CC), qui collectent les données auprès des GAA, les regroupent et les envoient dans DHIS2 à l'aide de leur téléphone portable.

Étape 2 : rapports¶
Les données collectées sur papier sont vérifiées par les champions communautaires. Les données sont ensuite transmises via un appareil portable, généralement un simple téléphone qui utilise la plateforme DHIS-J2ME, au niveau suivant du processus : les techniciens en santé environnementale (TSE). Grâce à la technologie Java, le coût de l'envoi des données via la plateforme DHIS-J2ME est dix fois moins élevé que celui des messages texte ordinaires.
Étape 3 : Résolution des problèmes et vérification des données¶
Après qu'un champion communautaire ait soumis des données agrégées via son téléphone mobile, ces données sont mises à la disposition de tous les acteurs clés du programme. Ces derniers reçoivent des rapports de performances en HTML automatisés sur un village donné. Les données sont ensuite transmis au niveau suivant, le chef du village, via l'application Android DHIS2.

Étape 4 : Les données vues par le chef¶
À l'aide d'un widget de visualisation des données sur une tablette, appelé "Chief App", le chef du village peut consulter les données recueillies par ses conseillers et prendre des décisions en fonction de ce qu'il voit. Le chef tient ses adjoints responsables de toute irrégularité susceptible de réduire son influence ou de nuire à sa réputation. Il peut parfois prendre des sanctions à l'encontre de certains lorsque leurs performances sont en deçà des attentes ou, au contraire, offrir des incitations, généralement du crédit de téléphonie mobile, à ceux qui ont obtenu de bons résultats.

Étape 5 : Suivi du district¶
Au niveau du district, le point focal du programme ATPC se connecte à DHIS2 un fois par mois pour vérifier le niveau de construction et d'utilisation des latrines améliorées dans les circonscriptions et les villages de même que la progression vers l'atteinte du statut ODF (élimination de la défécation à l'air libre). Il partage également les informations pertinentes avec le commissaire et l'urbaniste du district.
Étape 6 : Réunions trimestrielles de circonscriptions et statut ODF¶
Chaque circonscription organise une réunion trimestrielle sur le programme ATPC pour permettre aux représentants de tous les villages de la circonscription de discuter des défis et partager les succès obtenus dans la construction et l'utilisation des latrines de même que la progression vers l'atteinte du statut ODF. Lors de l'événement, les GAA sont encouragés à poursuivre la sensibilisation des communautés sur l'importance d'atteindre le statut ODF.
Chaque mois, les CC et les TSE suivent le statut ODF des villages de leurs circonscriptions sur leurs téléphones portables, et les responsables de district suivent le statut ODF des villages sur leur tableau de bord DHIS2. Le CC, le TSE ou le responsable de district peuvent sélectionner un village donné dans une liste déroulante et voir une barre allant de 0 % à 100 % indiquant la progression de ce village vers l'objectif 100 % ODF.
Une fois qu'un village atteint le statut ODF et est vérifié, le point focal ATPC du district se connecte à DHIS2 et clique sur "ODF vérifié" à côté du nom du village. La couleur du nom du village se change en vert.
Travailler dans un contexte tribal¶
La Zambie est une société hiérarchique avec des codes stricts en matière de statut. Il existe environ 150 chefferies. Les chefs de village traditionnels sont responsables de toutes les décisions prises dans le village et très peu de choses peuvent être réalisées sans leur approbation. Ils sont les protecteurs des villageois et veillent à leur santé et à leur bien-être socio-économique. Pour communiquer sur DHIS2 et obtenir des résultats significatifs, il fallait impliquer les chefs de chaque village. L'introduction de la technologie au moyen d'une tablette a été, dans certains cas, un changement radical mais surmontable pour les chefs.
Maintenir un intérêt actif¶
Au lancement du projet WASH, un esprit de compétition est né parmi les chefs de village. Afin d'obtenir les meilleurs résultats, les chefs se sont impliqués rapidement et de manière active dans la supervision des activités liées au projet WASH au sein de leurs communautés. Grâce aux boucles automatisées de remontée des données de DHIS2, telles que les messages SMS, les tableaux de bord personnalisés, les rapports PDF et le widget de visualisation des données du chef, qui peut être interprété très facilement, même les participants analphabètes peuvent consulter les tendances et voir les progrès réalisés par leur communauté.
Choix de la technologie téléphonique¶
L'un des premiers défis que nous devions relever était d'amener les participants à se familiariser avec la technologie de la téléphonie mobile. Dans un premier temps, les participants ont reçu des smartphones Galaxy à utiliser pour le travail, mais cela s'est rapidement avéré être un mauvais choix. La conception des menus et la complexité de certaines applications en ont déconcerté plus d'un. La simple saisie à l'aide d'un écran tactile était un véritable défi pour certains participants, qui n'avaient jamais utilisé de téléphone à écran tactile. De plus, en raison de la sensibilité des écrans tactiles, les participants modifiaient par inadvertance les paramètres du téléphone, par exemple la disposition du clavier dans une autre langue, et ne savaient pas comment revenir en arrière. Les applications fonctionnant en arrière-plan consommaient également une trop grande partie des ressources du téléphone. En somme, à cause de l'autonomie limitée de leur batterie, de la fragilité de leur écran, de la complexité de leur interface et de leur apparence prisée, les smartphones ont dû être remplacés. Des téléphones simples mais robustes, capables d'exécuter les applications DHIS2 en Java, ont été introduits. Grâce à ce changement, le nombre de rapports a rapidement augmenté et le programme WASH a tout de suite enregistré des progrès notables.
Déploiement et adaptation¶
Processus clairs et simples¶
S'assurer que le système DHIS2-WASH reste simple à utiliser et facile à comprendre à tous les niveaux à été le facteur déterminant de son implémentation réussie. Les formulaires de collecte de données, tel que celui de l'exemple ci-dessous, peuvent être remplis très facilement par des volontaires communautaires qui récupèrent les informations dans chaque village.

En gardant les fiches de collecte de données simples, avec l'utilisation d'indicateurs de données clairs, cela signifiait que les données saisies dans le système étaient également claires et seules les informations critiques étaient conservées. Par conséquent, l’analyse et l’interprétation des données était beaucoup plus simple. Un autre avantage d'utiliser des indicateurs très basiques était que toute erreur qui se glissait dans les données pourraient être repérées et rectifiées assez simplement.
Définition des rôles¶
Akros a créé trois évaluations détaillées de la capacité des utilisateurs finaux : la Rubrique Rôle des parties prenantes, le Protocole de surveillance ATPC et le Protocole d'évènements ATPC. Ces documents ont pour objectif de définir ce que chaque personne fait dans le cadre d'un programme afin d'éviter toute ambiguïté sur les responsabilités. En outre, les documents contribuent à améliorer, à contrôler et à évaluer la mise en œuvre des programmes ATPC aux différentes étapes du déploiement.
Rubrique Rôle des parties prenantes¶
Ce document peut permettre à un agent de santé communautaire de comprendre toute l'étendue de son rôle. Par exemple, il saura qu'il est chargé de prendre des décisions dans des domaines tels que le diagnostic des maladies, l'administration des traitements, l'orientation des patients et la vérification du réapprovisionnement en produits. Il connaît également les exigences à respecter en matière de rapports, par exemple la fréquence et la méthode à utiliser.
Protocole de surveillance ATPC¶
Le Protocole de surveillance est un document utilisé pour définir les méthodes de surveillance pour chaque événement. Il s'agit d'une analyse détaillée des techniques de surveillance pour chaque événement critique de la mise en œuvre du programme ATPC. Les responsables, la périodicité, le rôle des fonctions automatisées et des fonctions manuelles (agent de surveillance) sont tous identifiés.
Protocole d'événements ATPC¶
Le protocole d'événements ATPC est un document avec une description plus détaillée des événements critiques à surveiller. Les responsables, la périodicité, l'objectif et les résultats attendus sont identifiés. On y trouve également une brève description du contexte.
Promouvoir le sens des responsabilités¶
Promouvoir un sentiment d'appropriation des données parmi les participants a une grande influence sur le développement de programmes durables. Il est donc important de développer des rôles opérationnels normalisés, en décrivant les tâches et les fonctions de chaque personne qui interagit avec le système.
Ainsi, en faisant en sorte que les participants se sentent responsables des données dont ils ont la charge et en expliquant comment leur rôle est lié à la réussite d'un projet ATPC, on contribue à maintenir le flux de communication entre tous les niveaux impliqués, que ce soit au niveau du village, du quartier, de la circonscription, du district, de la province, de l'État ou de l'organisation.
Enseignements tirés¶
Rétrocompatibilité¶
Tout doit être rétrocompatible pour que les mises à jour se fassent sans difficulté. Par exemple, en 2013, la version 2.1.4 de DHIS2 n'était pas en mesure de gérer le nombre croissant d'utilisateurs, car de plus en plus de districts commençaient à utiliser le système WASH. Le système a dû être mis à jour en raison du nombre de problèmes et de bogues hérités. Cependant, cette tâche n'a pas été simple et a nécessité la réinstallation des applications sur tous les appareils.
Utilisation des clones de programmes WASH testés et approuvés{ #using-clones-of-tried-and-tested-wash-programs }¶
Akros a appris qu'il était avantageux d'utiliser les clones des instances de production pour garantir des implémentations stables de WASH. Les mises à jour ont été effectuées sur les instances clonées, puis les mises à jour ont été appliquées aux instances de production. Cette méthode d'anticipation a permis de maintenir les coûts à un niveau bas et de réduire le nombre de problèmes.
Utilisation des données dans les processus de prise de décisions¶
Utiliser DHIS2-WASH est une chose, c'est d'ailleurs la partie la plus facile. Le véritable défi consiste à amener les gens à prendre des décisions sur la base des données. Pour y parvenir, Akros a clairement indiqué que tous les participants à un programme devaient comprendre leur rôle, leur responsabilité et leur valeur intrinsèque au sein du programme. Il était donc essentiel de créer un sentiment d'appropriation des données et de responsabilité. Par exemple, en générant des rapports DHIS2, les responsables de district ont pu donner leurs avis sur les domaines à améliorer dans leur district. Ces informations étaient ensuite transmises à un coordinateur provincial qui prenait des mesures à son niveau.
Enfin, en veillant à ce que les canaux de communication restent actifs et soient maintenus, Akros a pu constater que son programme ALPC gagnait en importance et en crédibilité, ce qui a permis d'obtenir des résultats positifs et de la renommée dans plusieurs domaines.
